ANKH, Revue dÕEgyptologie et des Civilisations Africaines, n”10/11
(2001-2002)
Jean-Marc Bonnet-Bidaud, Service dÕAstrophysique, CEA, France
Rsum : La population des Dogon du Mali est
clbre dans le monde entier pour la splendeur de ses masques, la beaut de son
architecture, la richesse de son patrimoine social et culturel. En Europe
occidentale, et notamment en France, la dlicatesse de leur civilisation nous
est connue en grande partie par le travail de deux ethnologues franais, Marcel
Griaule et Germaine Dieterlen. Il est moins commun dans le cas de lÕAfrique de
parler de science. Moins connu est
donc peut-tre lÕarticle publi en 1950 par ces deux chercheurs o est relate
la connaissance de lÕtoile Sirius par les Dogon. Cette publication a fait
lÕobjet dÕune vaste polmique car elle contient une nigme scientifique. Le
prsent article rapporte les rsultats dÕune expdition
Ē ethno-astronomique Č, ralise en 1998 dans la rgion de Sanga, en
compagnie de Germaine Dieterlen. Les relevs raliss en diffrents lieux ont
pu dmontrer lÕexistence de sites astronomiques, forms dÕalignements,
consacrs lÕobservation de
Sirius. LÕexistence de tels Ē observatoires Č en Afrique restitue
ce continent sa place dans lÕastronomie universelle et il est fortement suggr
un lien probable avec la science ancienne gyptienne, dans la droite ligne des
travaux de Cheikh Anta Diop.
Scientifiquement, lÕAfrique est cense tre un dsert. En consultant les meilleurs
ouvrages dÕhistoire des sciences, nul part vous ne trouverez de rfrences un
scientifique africain, une dcouverte ou simplement un fait de science
africaine.
Ceci fait partie de lÕaveuglement constant de lÕEurope occidentale, avec
ses satellites culturels du continent nord-amricain, et de leur obstination
nier tout apport scientifique autre que celui issu de la culture classique
grecque. Oubliant au passage des pans entiers de savoirs, celui de lÕAsie, de
lÕAmrique latine ou se le rappropriant de faon honte (ainsi lÕimprimerie
invente en Chine par Bi Sheng en 1050 rapparat attribue Gutenberg au XVe
sicle et cÕest ainsi quÕon enseigne encore aujourdÕhui lÕhistoire de cette
dcouverte fondamentale), lÕhistoire scientifique du monde est ainsi rcrite
au prix dÕun mensonge culturel constant. Pour lÕAfrique, le peu de textes ou de
fragments archologiques mis jour a rendu encore plus facile cette
falsification.
Seuls des travaux pluridisciplinaires dÕavant-garde comme ceux de Cheik
Anta Diop[1]
(analogue lÕnorme tche ralise par Joseph Needham[2]
pour la Chine) ont contribu tirer le continent africain de lÕoubli
scientifique.
Parmi toutes les sciences, lÕastronomie est certainement la fois la plus
universelle et la plus ancienne. Dans un immense continent comme lÕAfrique, il
est totalement impensable que des hommes nÕaient pas entretenu, ici comme
ailleurs, un inventif dialogue avec le ciel. Et pourtant trs peu de traces
existent. Dans une terre o la tradition orale a souvent pris le pas sur les
textes et les crits, ce sont les mythes, les rcits, voire les espaces, les
pierres qui peuvent nous livrer les clefs de connaissances anciennes ou plus
rcentes qui forment la base de la science africaine.
A ce titre, lÕexistence dÕun article consacr au mythe de lÕtoile Sirius
chez les Dogons a attir notre attention. Cette communication[3]
publie en 1950 par deux chercheurs franais, Marcel Griaule et Germaine
Dieterlen, dans le Journal des Africanistes, a dj fait lÕobjet de nombreux
travaux antrieurs souvent trs discutables[4].
Au lieu de nous risquer une prilleuse glose rptitive sur le contenu de
cette publication, nous avons souhait au contraire poursuivre lÕenqute en
associant pour la premire fois les apports pluridisciplinaires de lÕastronomie
et de lÕethnologie. La prsence de Germaine Dieterlen sÕest rvle bien sr
indispensable cette entreprise. CÕest grce ce tmoin essentiel,
aujourdÕhui disparu[5], quÕa pu tre ralise en
juillet 1998, une Ē expdition ethno-astronomique Č associant le
Centre National de Recherches Scientifiques (CNRS) et le Commissariat
lÕEnergie Atomique (CEA) et dont le but tait dÕvaluer la signification
scientifique de certains sites consacrs Sirius chez les Dogons.
LÕinformation la plus dtaille que nous avons aujourdÕhui, en Europe
occidentale, de la population
aujourdÕhui sdentaire des Dogon, occupant les falaises de Bandiagara,
lÕextrme nord-est du Mali, nous vient de travaux ethnologiques mens partir
des annes 1930. Leur Ē dcouverte Č europenne est une consquence de la
mission Dakar-Djibouti, voyage dÕexploration de lÕAfrique dÕOuest en Est,
organis par lÕethnologue franais Marcel Griaule et si bien relat par Michel
Leiris[6].
Le passage Bandiagara allait dclencher chez Griaule une vritable passion
pour cette population prserve, lÕcart de la boucle du Niger et des grandes
routes de communication transafricaines, laquelle il consacrera la majeure
partie de son activit jusquÕ sa mort en 1956. Entour de plusieurs collaboratrices dont Germaine Dieterlen ds 1935, il
recueillera sur place lors de multiples missions, les lments dtaills des
mythes et de la cosmogonie Dogon[7], publi tout dÕabord sous forme littraire dans
Ē Dieu dÕeau Č[8] puis plus compltement dans Ē Masques
Dogon Č et enfin au travers du travail de synthse poursuivie par G.
Dieterlen avec Ē Le Renard Ple Č[9]
Pour aussi imparfaite quÕait t lÕapproche ethnologique de cette poque (la mission Dakar-Djibouti contribua sans aucun doute remplir le tout nouveau muse de lÕHomme de trsors qui devraient un jour retourner dans leurs berceaux africains), lÕtat dÕesprit de ces chercheurs tait, pour la premire fois, dbarrass du pur point de vue colonialiste. Cette attitude nouvelle ne leur attira pas que de la bienveillance et, devant la richesse des savoirs Dogon que rvlaient leurs tudes, ils furent souvent svrement attaqus sur la rigueur de leurs travaux. Leur intgrit fut mme parfois mise en cause lorsquÕils furent accuss par certains dÕavoir invent leurs sources[10].
A notre connaissance, lÕarticle sur Sirius quÕils publirent en 1950 ne fit pas lÕobjet de polmique lors de sa publication, la porte astronomique ayant sans doute t sous-estime. Dans ce travail, Griaule et Dieterlen rapportent la position centrale de lÕtoile Sirius dans la cosmogonie Dogon. De par son nom Ē sigui tolo Č, lÕtoile du Sigui, Sirius apparat tout dÕabord en relation directe avec la crmonie traditionnelle et fondatrice de la culture Dogon, le Ē sigui Č, fte rituelle clbre tous les soixante ans pendant sept annes conscutives travers les diffrents village de la falaise de Bandiagara. Parmi les autres termes relevs par Griaule-Dieterlen figurent aussi lÕassociation de Sirius et du Soleil la cration du monde Dogon lorsque Ē Les hommes qui avaient vu briller "sigi tolo" pendant toute la descente (et au moment de l'impact) assistrent alors au premier lever du soleil qui sortit l'est et ds ce moment claira l'univers.... Č[11]
Mais lÕaspect le plus spectaculaire de lÕarticle rside dans la rfrence un (ou deux) compagnons de lÕtoile. Le premier identifi sous le nom de Ē po tolo Č, lÕtoile du po (la graine de fonio) tant en particulier dsign comme lÕorigine de toute la cration, Ē l'axe du monde entier Č[12]. La trajectoire de lÕtoile est galement approximativement dcrite comme une ellipse. Ainsi que nous le verrons cet astre existe vraiment, son existence a bien t dmontre par les astronomes mais il est totalement invisible lÕĻil nu. Ceci constitue lÕnigme astronomique des Dogons. Comment leur tait-il possible dÕimaginer un astre inaccessible lÕobservation directe quÕils pratiquaient ?
Griaule et Dieterlen nÕtant pas spcialistes en astronomie, ils ne purent mesurer tout dÕabord la porte de leur rvlation. Selon le cinaste et ethnologue, Jean Rouch, qui poursuivit avec G. Dieterlen le travail de Griaule en filmant notamment le dernier sigui Dogon de 1965-1972, la redcouverte de lÕnigme astronomique eut lieu lÕissue dÕune confrence de prsentation de ces films aux USA, laquelle assistait une jeune tudiante en cinma dont le pre tait astrophysicien ! LÕastronome anglais Mc Crea[13] y fait rfrence le premier dans un article sur les dcouvertes fortuites Elle donna alors lieu une floraison de publications discutant dÕexplications possibles[14]. La plus frquemment reprise est celle dÕun contact culturel avec un missionnaire ayant ainsi transmis aux Dogon une information scientifique moderne. Bien que plausible, cette interprtation se heurte nanmoins de nombreuses difficults. Tout lÕdifice cosmogonique Dogon semble en effet tourner autour de Sirius et de son compagnon. Si des missions ont bien atteint le pays Dogon, ce ne fut que tardivement une date trs proche des premires enqutes de Griaule. Il semble improbable que toute la cosmogonie Dogon ait pu tre modifie en un temps si court pour le simple bnfice dÕy inclure des informations modernes. Comme nous le verrons, lÕpoque de la dcouverte moderne du compagnon de Sirius, il tait dÕautre part trs difficile pour un non-spcialiste, fut-il missionnaire, dÕen apprcier toute la porte relle. La confusion sur cette question fut certainement porte son comble par la publication en 1976 dÕun livre peu recommandable, quoique bien document, attribuant ces connaissances un contact avec des É extraterrestres.[15]
Pour apprcier le problme pos par la publication de Griaule et Dieterlen il est utile de revenir sur les connaissances astronomiques de Sirius.
LÕtoile Sirius est lÕtoile la plus brillante du
ciel, au moins deux fois plus brillante que la deuxime toile Canopus, et ce
titre ne pouvait passer inaperue pour lÕensemble des hommes depuis la nuit des
temps. Pourtant, lÕexception remarquable de lÕEgypte ancienne, elle nÕa pas
une place centrale dans la plupart des cultures astronomiques. La Grce antique
la baptisait Ē Seirios Č (Seirios) (tincelante) et lui attribuait le mme statut que les autres
toiles tandis quÕen Chine, nomme Ē Tian Lang Č (狼 天), le loup
cleste, elle tait souvent compare par son clat Venus. Situe, dans le
prolongement dÕun alignement remarquable de trois toiles, le
Ē baudrier Č dÕOrion, elle pourrait avoir galement servi de repre
en Amrique latine.
Son statut en Egypte ancienne a t largement document[16].
Dsigne sous le nom de Ē spdt Č ou Ē sepdt Č
(la pointue), lÕtoile est traditionnellement associe au dbut de lÕanne
gyptienne. Son lever hliaque, conjonction astronomique particulire sur
laquelle nous reviendrons, concidait approximativement avec la crue bnfique
du Nil. Le faible nombre de documents rellement utilisables[17] a
ncessit de nombreuses Ē interpolations Č pour tablir que ce
phnomne avait permis aux gyptiens, sans doute de la plus haute antiquit,
partir du XXe sicle avant le dbut de lÕre moderne, dÕobtenir une valeur trs
prcise de la dure de lÕanne en rglant ainsi leur calendrier sur la sphre
des toiles plutt que sur le Soleil ou la Lune[18].
La redcouverte de Sirius par la science moderne eut lieu trs tardivement mais lÕtoile est au centre de nombreuses dcouvertes fondamentales pour lÕastrophysique moderne. On doit ainsi Edmund Halley (le dcouvreur de la fameuse comte qui porte son nom) dÕavoir ralis en 1750 que lÕtoile brillante nÕtait pas fixe mais mobile sur le ciel, en comparant la position de son poque avec celle approximative donne par le grec dÕAlexandrie, Ptolme. Ce dplacement, qui est dÕenviron 1 degr (soit deux diamtres solaires) en 2700 ans, fut un argument supplmentaire contre le dogme aristotlicien des sphres clestes immuables, une chape idologique qui bloqua tout progrs de lÕastronomie europenne pendant des sicles. Contrairement cette vision dÕun Univers Ē fixe Č, lÕensemble des corps clestes est au contraire en mouvement et la proximit de Sirius du Soleil[19] rend ce mouvement perceptible. Prs dÕun sicle plus tard, le mathmaticien prussien Friedrich Bessel fit son tour une dcouverte fondamentale en ralisant que le mouvement de Sirius nÕtait pas rectiligne mais sinueux. Par un savant calcul, il parvient dterminer en 1844 que, selon les lois de la gravitation, ces carts de Sirius ne pouvaient sÕexpliquer que par la prsence dÕun autre corps perturbateur en orbite autour de lÕtoile dont la masse devait tre au moins gale celle du Soleil et qui devait tourner autour dÕelle en 50 ans[20]. Cette toile-compagon tait pourtant invisible lÕpoque, cÕtait un Ē soleil noir Č. Dans une lettre Humboldt, Bessel maintient nanmoins lÕexistence de cette trange toile, dclarant Ē"J'adhre la conviction que (les toiles) Procyon et Sirius forment de vrais systmes doubles consistant d'une toile visible et d'une toile invisible. Il n'y a aucune raison de penser que la luminosit soit une qualit essentielle des corps clestes. Et la visibilit d'innombrables toiles n'est pas un argument contre l'invisibilit d'innombrables autres" autrement dit lÕabsence dÕvidence nÕest pas lÕvidence de lÕabsence.
Les premiers progrs des instruments astronomiques allaient lui donner raison. En 1862, lÕopticien amricain Alvan Clark qui venait de terminer la construction dÕune lunette de 47 cm de diamtre, la plus grande pour lÕpoque, lÕinstalla le 31 janvier dans la cour de sa maison prs de Boston et dcida de lÕessayer sur Sirius. Il fut ainsi le premier voir le compagnon de Sirius, une petite toile environ dix mille fois plus faible que Sirius et situe trs faible distance dÕelle. Son trs faible clat ne semblait pouvoir sÕexpliquer que par une temprature trs basse mais les premires mesures ralises en 1914 par Walter Adams[21] allait prouver le contraire, indiquant une temprature trs leve de 8500 degrs[22], suprieure celle du Soleil. Par quel miracle, brillait-elle si peu ? La contradiction ne fut rsolue que par lÕastrophysicien Arthur Eddington qui arriva la conclusion que ce faible clat ne pouvait rsulter que dÕune taille de lÕtoile bien infrieure celle du Soleil. DÕaprs ses calculs, le deuxime Sirius, nomm Sirius-B, devait plutt avoir une taille similaire celle dÕune plante comme Neptune[23] ! La particularit de ces toiles quÕEddington baptisa Ē naines blanches Č tait alors leur extrme densit. Une toile de la masse du Soleil dans le volume dÕune plante devait tre constitue dÕune matire incroyablement dense o un cube dÕun centimtre de cot a une masse dÕune tonne, un litre de cette matire une masse proche de la Tour Eiffel !
LÕexistence et la structure de cette matire inconnue sur Terre nÕont pu tre expliques quÕen 1926 par la thorie de la Mcanique Quantique[24]. AujourdÕhui, ces astres singuliers sont bien compris. Ce sont les restes dÕtoiles qui, ayant termin l'essentiel de leur vie lumineuse ont expuls leurs couches extrieures et ont vu leur cĻur sÕeffondrer. Ce cĻur dense, constitu principalement de carbone et partiellement dÕoxygne et dÕazote, se refroidit dsormais lentement et inluctablement et nous apparat comme une petite toile trs chaude, la naine blanche.
Le compagnon de Sirius est la premire et la plus proche des quelques milliers de naines blanches dcouvertes ce jour[25]. LÕtoile est invisible lÕĻil nu, en premier lieu bien sr car elle est noye dans le halo de lumire diffuse par Sirius. Mais, mme isole dans le ciel, Sirius-B resterait inaccessible lÕobservation car environ dix fois plus faible que la plus petite des toiles visibles lÕĻil nu, lors de nuits exceptionnellement noires[26]. Aprs plus de deux rvolutions depuis sa dcouverte, sa trajectoire est relativement bien connue, CÕest une ellipse relativement aplatie (dÕexcentricit 0,59) que Sirius-B parcourt en 50 ans et 18 jours[27], de sorte que sa distance Sirius-A varie selon les poques. Au plus prs, elle est une distance de Sirius-A quivalente la distance Soleil-Saturne. C'est le cas en ce moment et de nouveau vers 2044. Au plus loin, elle s'loigne une distance quivalente l'orbite de Neptune. Ce sera le cas vers 2024. A la distance de Sirius, cette distance correspond sur le ciel un angle variant entre 3 et 12 secondes dÕarc (lÕquivalent dÕune pice de monnaie 200 mtres de distance), alors que dans des conditions idales, lÕĻil humain ne peut distinguer un angle infrieur environ 90 secondes dÕarc. Mme si elles taient de luminosits convenables, les deux toiles ne seraient donc pas sparables lÕĻil nu.
Il faut encore ajouter propos de Sirius une interrogation importante sur
la couleur de lÕtoile base sur lÕAlmageste, le catalogue de Ptolme
recompos par les astronomes arabes
o Sirius est classe comme une toile rouge alors que lÕtoile que nous
observons est blanche-bleue[28].
Des travaux plus rcents ont montr quÕau moins un texte chinois indpendant,
approximativement contemporain de Ptolme, faisait galement rfrence un
changement de couleur[29].
Cette concidence nous a amen considrer lÕexistence dÕune perturbation
notable de lÕaspect de Sirius, il y a environ 2000 ans qui aurait pu tre
provoque par une troisime toile[30].
LÕexistence dÕune troisime toile, deuxime compagnon de Sirius, avait t par
ailleurs rapporte par plusieurs observateurs observant visuellement (et non
photographiquement) au foyer de grandes lunettes astronomiques, au cours des
annes 1920 mais ne fut jamais confirme ultrieurement. Nos travaux rcents
dÕtude du champ dÕtoiles autour de Sirius a apport une premire explication.
Nous avons pu montrer que ces observations se rfraient trs probablement au
passage de Sirius proche dÕune toile relativement brillante qui, compte tenu
du mouvement de dplacement de Sirius apparaissait cette poque en
superposition dans le voisinage immdiat. Ce rapprochement sÕest achev vers
1945. La recherche du deuxime compagnon de Sirius est donc pour lÕinstant
reste vaine. Les efforts entrepris pour tenter de photographier, grce des
techniques nouvelles, un ventuel deuxime compagnon a abouti pour lÕinstant
la conclusion que, si ce compagnon existe, il ne peut tre quÕune toile de
trs petite masse[31].
LÕanalogie entre certains aspects des rcits Dogon et les dcouvertes
scientifiques concernant Sirius nÕa pas manqu dÕtre releve. Parmi ceux-ci,
lÕexistence mme du compagnon, les caractristiques de sa trajectoire, sa
nature dense et son caractre de matire Ē essentielle Č car la
matire dÕune naine blanche est effectivement le creuset o se sont fabriqus
tous les lments chimiques autre que lÕhydrogne et lÕhlium. LÕexistence dÕun
deuxime compagnon peut galement sembler faire rfrence la fugitive fausse
dtection de 1920. A lÕvidence, ces rsultats ne peuvent provenir dÕune
observation visuelle directe. Sont-elles importes ou le rsultat
dÕintuitions ? Certains exemples clbres, comme lÕinvention par le
philosophe Kant du concept de galaxie alors mme que lÕon ignorait tout de leur
existence, sont l pour nous montrer quÕentre science et intuition potique les
frontires peuvent tre floues.
Soyons clair, Pour les Dogon, la transmission directe des informations,
totale ou partielle, est plausible, mme peut-tre probable, mais il nÕy a
aujourdÕhui aucun moyen de le prouver.
En revanche, ce qui est plus intressant est lÕintrt minent que les
Dogon ont apport ces connaissances, traduisant ainsi leurs interrogations
astronomiques fondamentales. Plus
que de vouloir revendiquer lÕorigine des informations, il semble plus essentiel
de comprendre comment elles sont venues sÕassocier aux conceptions trs
labores quÕentretiennent les Dogon avec lÕtoile Sirius et qui, elles, ne
peuvent tre mises en doute. CÕest lÕissue de longues conversations sur ce
sujet avec Germaine Dieterlen que nous avons dcid dÕentreprendre une enqute
trs concrte sur le terrain, destine prciser les connaissances
astronomiques Dogon.
La mission conjointe CNRS-CEA, Ē Etude du systme de pense et des
connaissances astronomiques des Dogons Č, a t conduite au Mali du 27
juillet au 8 aot 1998 et associait les ethnologues Germaine Dieterlen
(CNRS-Muse de lÕHomme) et Jean Rouch (Muse de lÕHomme), le ralisateur Jrme
Blumberg (CNRS Multimdia), les
informateurs Dogon, Diamguno Dolo,
Anagali Dolo, Pangal Dolo et Ibrahim Guindo et Jean-Marc Bonnet-Bidaud (CEA
Astrophysique).
Le premier site relev a t celui dit de Ē polio-kommo Č ou
caverne du Ē traversement Č, situ environ 4 km a lÕOuest du
village de Sanga. Ce site est organis autour dÕune gigantesque table de pierre
dÕune longueur approximative de 13 mtres, surplombant un ensemble de rochers.
Les premires photos prises par G. Dieterlen en 1950, montrent la table
intacte alors quÕactuellement elle
est brise en deux avec des traces caractristiques de foudre (figure X). Sous
la table, approximativement au milieu, tait mnag, un trou o un homme
pouvait se glisser, aujourdÕhui combl par lÕeffondrement. Ce site est
considr par les Dogon de Sanga comme le lieu symbolique o lÕarche (ou le
panier) transportant les premiers anctres sÕest pose sur la Terre dans la
gense Dogon. A ct de la table, qui symbolise lÕarche, sont disposs, au sud,
quatre rochers figurant les quatre anctres lÕorigine des quatre grandes
familles Dogon, les Arou, Dyon, Ono et Donmo. Enfin, lÕest de la table, se
trouvent deux rochers spars dÕenviron 20 m et qui sont dsigns comme le
rocher du Soleil (cot Nord-Est) et de Sirius (ct Sud-Est)[32],
respectivement 43 m et 29m de la table (photo).
LÕenqute ethnologique, recueillie auprs des premiers informateurs de
Griaule et Dieterlen, montre lÕimportance de Sirius Ē Aprs le Nommo,
tous les tres qui se trouvaient sur l'arche descendirent leur tour sur la
Terre. Lorsqu'elle fut vide (de son contenu) Amma fit remonter au ciel la
chane qui la maintenait puis il "referma" le ciel. Les hommes qui
avaient vu briller "sigi tolo" pendant toute la descente (et au
moment de l'impact) assistrent alors au premier lever du soleil qui sortit
l'est et ds ce moment claira l'univers.... Č[33] et lÕassociation
avec le Soleil Ē ...on dit
" sigi tolo et le soleil sont descendus au milieu de la nuit, sigi tolo a
montr le chemin, le soleil aprs s'est lev"[34]
Cette association Soleil-Sirius suggre trs fortement le phnomne dit du lever Ē hliaque Č (de helios=soleil, lever avec le Soleil). Ce terme dsigne le moment o une toile et le Soleil se lvent ensemble (plus exactement avec une trs lgre diffrence) sur l'horizon Est, au lever du jour. Du fait du mouvement saisonnier du Soleil travers les toiles, cette pseudo-conjonction intervient une fois dans lÕanne une date prcise, dpendant du lieu et des coordonnes de lÕtoile. A cette date, lÕtoile est aperue fugitivement juste avant le lever du Soleil, puis de jour en jour, le Soleil se dplaant avec la saison, lÕtoile est visible de plus en plus longtemps. Le moment exact du lever hliaque, est difficile dterminer, il dpend de la luminosit de lÕtoile, des positions relatives toile-soleil et des conditions dÕobservations, un problme analogue la premire visibilit du croissant lunaire qui dtermine en Islam la fin du jene du mois de Ramadan. LÕobservation est bien sr plus aise pour lÕtoile la plus brillante du ciel et cÕest pour cette raison que les anciens gyptiens avaient choisi le lever hliaque de Sirius pour mesurer leur anne. Le retour de cette conjonction marque en effet trs prcisment lÕcoulement dÕune anne entire.
LÕensemble du site a t relev par arpentage et lÕaide dÕun compas de
poche (avec des prcisions de lÕordre de 0,3 m sur les distances et de 1” sur
les angles calculs). Sur le plan du site ont t en particulier mesures les
directions azimutales des deux rochers, partir du point dÕobservation du trou
dÕhomme, indiqu par les Dogon. Mesures partir de ce point, la pointe
extrme Nord du rocher Soleil est situ 74 degrs (azimut compt dans le sens
direct partir du Nord) et la pointe extrme sud de celui de Sirius 110
degrs. Le dplacement du point dÕobservation du trou approximativement central
aux extrmits de la table entranerait une variation dÕenviron 6 degrs de ces
directions. De la mme faon, la variation dÕune extrmit lÕautre des
rochers Soleil et Sirius correspond un cart dÕenviron 5 7 degrs.
Ces directions ont pu tre compares aisment aux directions Soleil-Sirius
lors du lever hliaque Sanga (voir annexe). La date du lever observable
dpend de lÕcart entre la hauteur sur lÕhorizon (lvation) de Sirius et du
Soleil, impos pour la visibilit. A Sanga ( 3”19' W / 14”32' N), il est situ entre le 12
juillet (Soleil et Sirius tous les deux lÕhorizon) et le 1 aot (cart de 18”
en lvation entre Sirius et le Soleil). Cette dernire date correspondant
lÕapparition de Sirius lÕhorizon lorsque le Soleil est encore 18” au
dessous de lÕhorizon, dfinissant la limite de lÕaube dite
Ē astronomique Č). Les angles azimutaux, calculs la date du 1
aot, sont de 71 et 107 degrs respectivement pour le Soleil et pour Sirius
lÕhorizon[35]. LÕobservation au niveau de lÕhorizon tant
pratiquement impossible, les directions ont t galement values pour une
position o les deux astres ont une lvation de 5” et elles correspondent 73 et 109
degrs pour Soleil et Sirius.
LÕextrme bonne concordance entre ces positions et les directions des
rochers dmontre clairement que la disposition du terrain tait pratiquement
utilise par les Dogon pour dterminer et observer le moment du lever hliaque
de Sirius. La concidence devient plus claire lorsque lÕon compare avec
lÕamplitude saisonnire de lÕazimut du Soleil son lever qui varie de 65” (au
solstice dÕhiver) 114” (au
solstice dÕt). Curieusement nanmoins, le lever hliaque de Sirius Sanga ne
reprsente pas une poque particulire de lÕanne Dogon. En raison du climat de
la rgion de Bandiagara, il est
situ au milieu de la saison des pluies et est de ce fait difficile observer.
La date de notre mission avait t choisie pour concider avec le meilleur
intervalle de visibilit. Malgr un ciel parfois nuageux, nous avons pu
facilement vrifier visuellement et sur plusieurs nuits le phnomne,
concidant avec lÕalignement des rochers[36].
Il est trs difficile de dire si le site a t amnag ou simplement
utilis dans sa configuration particulire. La table, de par sa masse, nÕa
probablement pas pu tre rige main dÕhomme mais les rochers auraient pu tre
dplacs. Il sÕagit de faon vidente dÕune r-appropriation au moins partielle
et dÕune configuration du terrain pour Ē mmoriser Č une date et une
configuration astronomique. En ceci, le dispositif peut tre considr comme un
vritable Ē observatoire Č, en tout point analogue, quoique moins
monumental, au clbre site de Stonehenge (Wiltshire), dans le Sud de
lÕAngleterre o les alignements permettent de dterminer la date du solstice
dÕt.
Les premiers informateurs de G. Dieterlen ayant disparus, il est trs
difficile dÕobtenir des informations complmentaires sur le rle de ce lieu qui
aujourdÕhui semble plus dlaiss. Servait-il ou a-t-il servi la dtermination
du dbut de la crmonie du Sigui ? Etait-il utile dans le compte des
annes qui spare deux crmonies ? Ou servait-il comme en Egypte ancienne
la dtermination de la dure de lÕanne et du calendrier ? Nous sommes
obligs de laisser ces questions aux ethnologues qui voudront bien poursuivre
lÕĻuvre de G. Dieterlen. On sait aujourdÕhui que les Dogons ont occup la
falaise depuis probablement le XIIIe sicle, il est possible que
progressivement certaines pratiques aient t perdues ou aient volues. Il est
nanmoins certain que la proccupation du lever hliaque traduit lÕexistence
dÕun savoir astronomique volu qui, cette fois et de faon indiscutable, nÕa
aucun rapport avec une influence rcente.
Un deuxime site a t tudi sur la base des notes manuscrites tablies
par Marcel Griaule qui en avait fait un relev trs prcis dans les annes
cinquante. Il sÕagit de la caverne de Ē kukulu-kommo Č, situe
lÕcart du village de Sanga, au cĻur de la falaise. Selon la tradition Dogon,
cette grotte est utilise lors du Ē sigui Č pour lancer un appel aux
diffrents villages par un chant qui se rpercute travers la falaise[37].
Les dessins et relevs de Griaule nous ont servi de guide. Nous avons
trouv le site en tout point identique sa description, lÕexception de
lÕvolution de la vgtation (la prsence de jeunes arbres) et des traces
dÕoccupation de la grotte par les chvres. LÕlment essentiel est une grande
table de pierre, hauteur dÕhomme, de forme oblongue de 7 m de dimension. Sur ses notes,
Griaule avait not cette pierre ŌVÕ, Ē pierre de vise du lever
hliaque Č, ce qui pouvait tre seulement son interprtation. Mais, comme
sur lÕensemble des lments de la grotte, il a galement pris la prcaution de
transcrire prcisment les termes Dogon pour les dcrire et il indique
pour cette pierre Ē sigi tolo mayle yennu dummo Č quÕil
traduit par Ē rocher de vise du Soleil et de Sirius Č. Sur son
schma figure galement un point ŌAÕ, not Ē emplacement de lÕhomme pour la
vise Č. La pierre en elle-mme ne dfinit aucune direction privilgie,
mais nous avons mesur lÕazimut dfini depuis le point A, fix pour la vise au
fond de la caverne, jusquÕau milieu de lÕouverture de la caverne auquel il fait
face, entre deux rochers. Cet azimut, approximativement 110 degrs, est
effectivement trs proche de la direction de Sirius, son lever hliaque
(figure). Pourtant les conditions dÕobservation depuis ce point sont loin
dÕtre idales car la grotte sÕouvre sur un faible relief de lÕautre cot dÕun
ruisseau, La direction correspondant au Soleil est en revanche obstrue par la
prsence dÕun rocher.
Au nord de la table, se trouve galement une construction en pierres de forme circulaire perce dÕune fentre triangulaire, laissant penser une Ē tour Č dÕobservation que Griaule a dsigne sous le nom de Ē maison de Dyongou Serou Č. Nous nÕavons pas pu caractriser lÕorientation astronomique de cette tour. Les directions Soleil-Sirius au lever hliaque sont en particulier obstrues par des rochers depuis ce point.
Bien au-del de toutes nos attentes initiales, les relevs astronomiques
simples qui ont pu tre effectus dans des lieux dsigns par les Dogon comme
consacrs Sirius ont apport des rsultats concrets, objectifs et prcis qui
permettent de tirer plusieurs conclusions.
Tout dÕabord, ils viennent
confirmer la qualit et la rigueur du travail des ethnologues M. Griaule et G.
Dieterlen et le soin quÕils ont apport au recueil des informations. Dans la
masse des renseignements recueillis, ces deux sites avaient t non seulement
signals mais trs fidlement et objectivement relevs par eux, dans un cas au
moins. Aucune information nÕavait t Ē interprte Č voire
Ē invente Č. Puisque ces deux chercheurs dÕexception sont
aujourdÕhui disparus, il convient ainsi de leur rendre hommage et faire taire
des critiques injustes leur gard.
Ces premiers relevs nÕont pas permis bien sr dÕapporter une rponse
dfinitive sur lÕorigine des informations concernant le (ou les) compagnons. Du
moins replacent-ils maintenant ces connaissances dans un univers Dogon o la
proccupation de Sirius tait tout autant dÕordre scientifique que dÕordre
symbolique. Les Dogons observaient bien Sirius et pour cela ils avaient
construit un observatoire.
De faon plus fondamentale, en association avec les mythes potiques et
fondateurs rvls par lÕethnologie, ils mettent en lumire, que cette
proccupation astronomique nÕest trs probablement que lÕextrmit merge dÕun
savoir beaucoup plus complet dont la teneur exacte nÕest malheureusement pas
connue. La parent vidente avec les proccupations des anciens Egyptiens
laisse ouverte la possibilit dÕun lien direct entre les deux, hautement
plausible en raison des migrations et des multiples voies de communication.
LÕassociation Dogon-Egypte nous apparat aujourdÕhui intressante en
liaison avec le possible changement de couleur de Sirius vers le dbut de lÕre
moderne. Ce changement brutal dÕaspect peut facilement tre interprt par un observateur
comme le rsultat dÕune cause extrieure, par exemple lÕexistence dÕune
deuxime toile perturbatrice mais invisible. Le phnomne a-t-il t observ
par les Egyptiens, et cette explication aurait-elle t transmise aux Dogon et
constitue la trame ayant donn naissance au mythe de Ē po
tolo Č ? Nous sommes l bien sr dans dÕhypothtiques spculations
dont il sera bien difficile dÕapporter des preuves.
Avec lÕexistence de lÕobservatoire de Sanga, le dsert scientifique
africain, vient donc de voir fleurir une fleur parmi tant dÕautres dcouvrir.
Il donne ainsi raison Check Anta Diop qui soulignait Ē Combien est
impropre, quant au fond, la notion, si souvent ressasse, dÕimportation
dÕidologies trangres en Afrique : elle dcoule dÕune parfaite ignorance
du pass africain. Autant la technologie et la science modernes viennent
dÕEurope, autant, dans lÕantiquit, le savoir universel coulait de la valle du
Nil vers le reste du monde, et en particulier vers la Grce, qui servira de
maillon intermdiaire. Par consquent, aucune pense, aucune idologie nÕest,
par essence, trangre lÕAfrique, qui fut la terre de leur
enfantement. Č [38]
Existe-t-il dÕautres sites similaires ? CÕest sans doute
principalement aux Africains quÕincombe cette recherche du pass scientifique
de lÕAfrique. Eux seuls aujourdÕhui, bien mieux que les
Ē ethnologues Č dÕhier, ont les moyens de rapprocher tmoignages
oraux, coutumes locales et sites particuliers qui pourraient rvler
lÕhumanit une face de son savoir encore ignore. Faire parler les hommes,
faire parler les pierres pour que les premires bases du savoir humain puissent
enfin tre reconstitues totalement.
LÕauteur est astrophysicien dans le Service d'Astrophysique (SAp) du Commissariat l'Energie Atomique (C.E.A.). Spcialiste en astrophysique des hautes nergies, il tudie plus particulirement les derniers stades de l'volution des toiles. Ses travaux concernent la recherche et l'tude des astres denses de la Galaxie (naines blanches, toiles neutrons, trous noirs). Ses recherches les plus rcentes ont t consacres notamment l'tude d'oscillations rapides la surface de naines blanches fortement magntises.
Il a galement entrepris depuis plusieurs annes
une recherche astronomique de possibles compagnons autour de lÕtoile Sirius
qui lÕa conduit une collaboration avec les ethnologues Germaine Dieterlen et
Jean Rouch.
Il porte galement un intrt profond l'histoire
et la popularisation de l'astronomie. Il est conseiller scientifique de la
revue d'astronomie "Ciel et Espace" et a publi de nombreux articles
de popularisation sur lÕhistoire de lÕUnivers et les grands problmes de
lÕastronomie moderne. Il mne galement actuellement des travaux dÕhistoire des
sciences sur les racines de lÕastronomie ancienne en Afrique et en Chine, avec
en particulier une tude des plus anciennes cartes du ciel chinoises.
La position dÕun astre au moment du lever hliaque est calcule en
coordonnes dites Ē azimutales Č (h, Az), o
h, la hauteur, dsigne lÕangle de lÕastre par rapport au plan horizontal
et Az , lÕazimut, est lÕangle de lÕastre dans le plan
horizontal, compt depuis le nord positivement vers lÕEst.
LÕazimut Az au lever (par dfinition lorsque la hauteur h=0)
ne dpend que de la latitude (l) du lieu et de la dclinaison (d) de lÕastre selon la formule :
[1]
Lorsque lÕastre est une hauteur h, lÕazimut Az
devient :
[2]
La dclinaison du Soleil varie au cours de lÕanne passant de +23,4” (au
solstice dÕt) Š23,4” (au solstice dÕhiver) tandis que celle dÕun
astre fixe comme Sirius est constante (d =Š16,716”) (elle varie en
fait trs lentement dÕanne en anne en raison de lÕeffet de prcession de lÕaxe
de la Terre).
Dans un lieu de latitude donne, un astre fixe se lve donc toujours dans
la mme direction. Sur le site de Sanga ( l = +14,533”), Sirius se lve
ainsi lÕazimut Az
= 107,3” dÕaprs lÕquation [1].
Le Soleil, lui, dcrit un arc sur lÕhorizon au cours de lÕanne, son azimut
son lever variant de Az = 65,7” (au solstice dÕt) Az
= 114,3” (au solstice dÕhiver) (on nÕa pas tenu compte ici de lÕeffet de la
rfraction atmosphrique (0,57”) et du rayon apparent du Soleil (0,27”).
A la date du lever hliaque observable (1 Aout 1998), la dclinaison du
Soleil fournie par les phmrides est de 18,05” et son azimut Sanga est Az
= 71,2”
Photographie du champ dÕtoiles autour de lÕtoile Sirius, obtenue en 1999
lÕObservatoire du Pic du Midi grce un masque coronographique, dispositif
particulier permettant dÕocculter lÕtoile brillante (le masque circulaire est
visible au centre de lÕimage, le trait brillant horizontal correspond au support
du masque). La trajectoire du couple dÕtoiles, Sirius-A (en blanc) et son
compagnon Sirius-B (en rouge), est reprsente pour des dates entre 1900 et
2100. CÕest le mouvement sinueux de Sirius-A qui a permis de dcouvrir
lÕexistence de son compagnon
(document auteur)
Relev gnral du site montrant lÕorientation et la disposition des
diffrents rochers.
Selon le grand axe de la table rocheuse qui symbolise lÕarche des premiers
hommes, environ 60 mtres, on trouve 4 amoncellements de rochers, symbolisant
les 4 anctres des familles Dogon.
(document auteur)
La grande arche de pierre a une hauteur de 6 8 m et une dimension
dÕenviron 14 m de long, oriente approximativement nord-sud. Face elle, vers
lÕEst, deux rochers symbolisant le Soleil ( gauche) et Sirius ( droite),
situs environ 35 et 25 mtres.
Le point dÕobservation depuis la table est marqu par un Ē trou
dÕhomme Č, ouverture traversant le rocher (le bloc de rocher suprieur a
t depuis quelques annes fractur par la foudre, bouleversant la disposition
bien visible sur les photos antrieures). Vu depuis ce point, la direction gographique des extrmits
des rochers concide assez exactement avec la direction du Soleil (70”) et de
Sirius (110”) lÕpoque de lÕanne de leurs levers presque simultans (lever
hliaque).
(documents auteur)
Fig. 3a : schma N&B (vue de dessus)
Fig. 3b : schma N&B (vue horizontale)
Fig. 3c : photographie I-5 (couleur)
Photographie de lÕarche (face Est) en 1954 et 1998, montrant le basculement
de la table de pierre sous lÕeffet de la foudre.
(document G. Dieterlen Ē Le renard ple Č et auteur)
Fig. 4a : photographie 1954
(voir Ē Le renard
ple Č Griaule, Dieterlen p. 465)
Fig. 4b : photographie 1998
Germaine Dieterlen en discussion avec un de ses informateurs Dogon,
Diamguno Dolo, lors de la mission de juillet 1998, Sanga. Ce voyage a
constitu son ultime mission ethnologique. Aprs plus de soixante ans dÕtudes
de la culture Dogon, lÕethnologue a disparue en novembre 1999.
(document auteur )
La disposition de la caverne de Kukulu-Kommo tel que releve trs
prcisment par Marcel Griaule en 1954 (copie du document original G.
Dieterlen). La grande dalle est dsigne comme Ē Pierre de vise du lever
hliaque Č et le point A est marqu Ē Emplacement de lÕhomme pour la
vise Č dans les notes de Griaule qui accompagnent le relev. Le grand axe
de la dalle et lÕouverture de la caverne correspondent la direction de Sirius
son lever hliaque.
(document auteur)
[1] Cheikh Anta DIOP : Civilisation ou Barbarie,
Prsence Africaine, 1981
[2] Joseph NEEDHAM : Science and Civilisation in China, Cambridge Univ. Press, 1954-1971
[3] Marcel GRIAULE et Germaine DIETERLEN :
Ē Un systme soudanais de Sirius Č, Journal de la Socit des
Africanistes, tome XXV, p. 273-294
[4] voir plus bas et note 14
[5] Germaine Dieterlen-Texier
du Cros est dcde le 13 novembre 1999.
[6] Michel LEIRIS : LÕAfrique
fantme , 1934, Gallimard, Collection Tel n”125, (dition 1981)
[7] Marcel GRIAULE : Masques Dogons,
Muse de lÕHomme, 1938, Institut dÕEthnologie, 4e dition 1994.
[8] Marcel GRIAULE : Dieu dÕeau, 1966,
Livre de Poche n”4049, Fayard
[9] Marcel GRIAULE et Germaine Dieterlen : Le Renard Ple,
(1965), 2e dition 1991, tome 1, Institut d'Ethnologie, Paris (le deuxime tome tait en voie
dÕachvement lors la disparition de G. Dieterlen en 1999)
[10] Walter EA van BEEK, "Dogon Restudied",1991,
Current Anthropology, Vol 32, Number 2, April 1991 p. 139
[11] Marcel GRIAULE et Germaine Dieterlen : Le Renard Ple, ibid,
p. 443
[12] Marcel GRIAULE et Germaine Dieterlen : Le Renard Ple,
(1991), op. cit, p 472, 474
[13] Mc CREA, 1972, Quarterly Journal. Roy.Astron. Soc. 13,
p.506
[14] voir notamment dans K. BRECHER, 1979, "Astronomy of the Ancients", Eds Brecher & Feirtag, MIT Press, p. 91-115 et HETHERINGTON, 1980, QJRAS 21, p. 246
[15] R. TEMPLE , 1976, ŅThe
Sirius Mystery Ņ , Destiny Books, Rochester (Vermont USA), ed. 1987
[16] voir M. CLAGETT, 1995, dans "Ancient Egyptian Science" Vol II, , Am. Philosophical Society, Philadelphie.
[17] voir CLAGETT, ibid
[18] cette anne sidrale prcise (dÕenviron 365,25 jours,
trs exactement 365,2563 jours) coexistait en Egypte avec un calendrier dit
Ē vague Č comportant 360 jours diviss en 12 mois de 30 jours (trois
dcans) et cinq jours francs dit Ē epagomnes Č. LÕcart, dÕenviron 0,25 jours par an entre
les deux calendriers, entrainait un lent dcalage du lever hliaque qui, dans
le calendrier vague, se produit chaque anne 0,25 jours plus tard. LÕcart accumul atteint ainsi un
an entier au bout de 1461 ans (365,25/0,25), un trs long cycle dite
Ē priode sothiaque Č qui semble avoir t clbr par les Egyptiens
au cours des millnaires couvrant leur histoire. La position de lever hliaque dans lÕanne vague
permet par ailleurs une datation dans le cycle sothiaque, une mthode utilise
par les gyptologues pour situer certaines dynasties.
[19] Parmi les toiles les plus proches, Sirius est le
6e toile une distance de 8,6 annes-lumire (81 000 milliards de
kilomtres)
[20] Friedrich BESSEL,
1844, Monthly Notices Roy. Astron. Soc. (MNRAS) 6, 136
[21] Walter ADAMS, 1914, Pub. Astron. Soc. Pacific 26, 198
[22] la temprature relle de lÕtoile est maintenant
mesure plus prcisment 25 000 degrs
[23] le rayon de lÕtoile calcul par Eddington tait
de 16 000 kilomtres, il est aujourdÕhui estim (5845 +/- 175) kilomtres. Le
rayon de Neptune est de 24 700 km, celui du Soleil de 696 000 km.
[24] la premire explication est due Ralph FOWLER,
1926, "On dense stars", MNRAS, 87, 114
[25] on estime que prs dÕune toile sur dix dans
notre Galaxie sÕest dj transforme en naine blanche, leur nombre pourrait
avoisiner dix milliards.
[26] dans lÕchelle logarithmique des magnitudes (o
un cart de 2,5 magnitude correspond un flux dix fois plus faible), Sirius-A
a une magnitude de Š1,45, Sirius-B de 8,44, et la plus faible toile visible lÕĻil nu
dÕenviron 6.
[27] BENEST & DUVENT, 1995, Astron. Astrophys. 299, 601, voir aussi GATEWOOD &
GATEWOOD, 1978, Astrophys. Journ.
225, 191
[28] voir par exemple Keneth BRECHER
dans Astronomy of the Ancients" Ed. K. Brecher, M. Feirtag (1979) The MIT
Press
[29] J.M. BONNET-BIDAUD et C. GRY, 1991, Astron.
Astrophys. 252, 193, GRY & BONNBET-BIDAUD, 1990, Nature 347, 625 ;
BONNET-BIDAUD & GRY, 1992, La Recherche 23, 105.
[30] BONNET-BIDAUD, COLAS & LECACHEUX, 2000,
Astron. Astrophys. 360, 691 et note 27
[31] BONNET-BIDAUD & PANTIN, 2002, en prparation.
[32] noter que dans la lgende de la photographie du
site dans le Renard Ple (p. 465), la direction des deux rochers a t inverse
[33] Marcel GRIAULE et Germaine Dieterlen : Le Renard Ple, ibid,
p. 443
[34] Le Renard Ple, ibid, p. 461
[35] ces angles sont respectivement de 67 et 107
degrs, la date du lever simultan, le 12 juillet.
[36] Le phnomne a t enregistr dans une
squence filme qui, malgr ses
imperfections dues aux conditions difficiles, illustre le droulement du lever
hliaque ( Ē Sirius, lÕtoile Dogon Č, film de J. Blumberg, 1999, CNRS
Images-mdia-Femis CICT/IRD )
[37] voir ce sujet le film de J. Rouch et Germaine Dieterlen Ē Sigui
synthse Č, Jean Rouch, 1981
[38] Cheikh Anta DIOP : Civilisation ou Barbarie,
Prsence Africaine, 1981, p. 12